Le corps féminin se dessine sous mes yeux. Je cherche à imaginer son mouvement mais il s'incorpore au tissu pour donner son désir à la texture. Il est imaginaire et fuyant, ce corps sans sexe, ce sexe sans corps. Ici la matière se fond avec son identité. Miroir figé. C’est à ça que je ressemble. C’est ma vérité. Sous le tissu se dessine tout mon être. Caché(e). Qui suis-je que je ne saurais avouer. Grande et fière, sobre et désirante. Je suis un sexe parmi tant d’autres, pourtant je suis tout. Tout ce que l’on rêve de voir. Ici il n’y a rien de discret. Rien de fragile et d’illusoire. La discrétion est d’un autre âge. J’agis dans le pantalon, le mien ou celui des autres. Certains vous diront que je suis à l’origine du monde. Mais parfois j’en doute, et je me restreint. L’origine de tout. Des conflits et des guerres et du mal d’amour, on se bat pour moi et on m'éloigne de mon opinion. Me redonner à voir. Pour que l’on ne m’oublie pas. Honte à moi. Désir brutal et itinérant. Je dévoile ce que j’ai de plus animal à travers le nylon. Vase plastique. Récipient. Je suis forte comme un être en devenir. Les jambes serrées, ouvertes, sur un monde qui détourne le regard. Montrez-moi, regardez-moi. Je suis la couleur du monde et non sa douleur. L’iniquité dévorante, et son inverse. Celle que l’on voudrait toucher, par les mots, et par le cœur ; la douce harmonie qui séduit les amoureuses(x). Je suis l’amour terrestre et celui des cieux. La preuve ultime que tout est à refaire, alors, regardez moi; dans le blanc des yeux, et dans les couleurs. Moi qui me cache et me donne. Ici il n’y a rien pour convaincre, pas plus pour espérer, que le regard de ceux qui m’aimeront un peu, et ceux surtout qui m’aimeront malgré tout. Je suis un être complet, l’ultime espace de la vie, rien d’autre que ma propre connaissance. Jeu de lumière et de place, celle qu’on me laissera prendre. Moi, qui ne suis qu’une femme sous un voile de néant. Je suis à vous pour un temps que je conçois, et à moi-même pour l’éternité, je suis un sexe de femme, inespéré et volé, le regard sans voile et la preuve matière que je suis le plus petit élément de la terre, vivant pour la faire exister. Je me tords et me tiens droite, un peu penchée. Ce que l’on n’ose regarder vraiment. Entre toi et moi il n’y a rien de similaire. Nous sommes toutes pareilles. Je m’échange avec toi, j’ai le change de toi. J’explose. Je me caresse, comme je m’évite. C’est un regard face à soi que je propose. Drôle d’épice feutré, je me fond dans la matière couleur. Je cache mon instant. Révélé par le regard fixe. La photographie me fige dans ma nature sincère. Corps céleste. Marbre de plastique. Forme fleurie, je suis pourtant tout l’inverse. Une ombre sur le tissu qui raconte mon âme synthétique. Provocante sans l’être, je deviens sincère, presque nue sous la lumière. Ma présence emplit l’atmosphère à présent, elle ne peut plus être évitée. Regardez-moi comme vous ne m’avez jamais vue. Seule face au monde. Enfin réelle. Aimantée dans le regard que vous ne détournez plus. Pas de scénario catastrophe. Pas de nécessité sale. Juste un fait. Une existence simple, pour provoquer cette chose qu’on ne nomme plus désir. Mais expérience pure. Je suis face à face avec le monde et cette fois c’est lui qui va me regarder. Avec une pointe d’amertume. Une pointe de rien. Du désir et un peu de foi. Je suis ouverte à tout, et en tout point fermée. Classieuse et prohibée. Donnez-moi un peu de votre temps. Un peu de votre argent. Un peu de votre lueur que je laisse suinter dans un jean. Vous êtes avec moi comme moi je suis ensemble. Nous sommes plusieurs ici avec le même alibi. Catégoriquement fermées, sans visage. Des enfers sous les mains. Voilées. Prépubères. Hélées. Sous les jupes des filles, il n’y a que nous. Volontés magnanimes. Je suis une photographie de l’âme. Rien ne m’octroie le droit d’être moi alors je le prends. Je ferai une infinie vengeance de tout ce que vous avez pensé de moi, une femme parmi les femmes, une entrejambe parmi les entre-jambes. Du sacro-saint pli ou de l’outrage. Je suis abrupte, sans adage, un peu incurvée. Je suis le milieu des envies de passage. Finement hachée dans le quart de votre vision. Je ne me regarde pas. Je pleure. De moi et de ceux qui me touchent par le biais de la contrefaçon. Je m’accapare la vulgarisation de mon existence. Aujourd’hui je m’envole pour calquer un peu plus librement au corps. À celui qui m’échappe pour lui redonner un peu de rigueur. Je me tiens droite au bout de la beauté. Une beauté simple qui fait de moi ce je ne suis pas. Qui fait de moi ce que je suis pour vous.
Félicia Viti